La nuit où Bam Adebayo a rejoint Wilt Chamberlain

Mar 11, 2026 | Actualité, NBA

Certaines nuits n’appartiennent plus au sport, elles appartiennent à l’histoire. Le 10 mars 2026 à Miami, dans une salle qui avait connu LeBron James, Dwyane Wade et tant d’autres légendes, Edrice Femi Adebayo dit « Bam » a inscrit son nom en lettres d’or dans les annales de la NBA. 83 points. Le deuxième total le plus élevé de toute l’histoire de la ligue, derrière le seul et unique Wilt Chamberlain et ses 100 points en 1962. En une nuit de mars, un joueur avant tout connu pour sa défense et sa polyvalence a dépassé Kobe Bryant, Michael Jordan, LeBron James et tous les grands scoreurs de l’histoire. Rien de moins.

Des racines nigérianes, une mère exceptionnelle

Pour comprendre Bam Adebayo, il faut remonter à Newark, New Jersey, où il naît le 18 juillet 1997. Son père, John Adebayo, est Yoruba, l’un des trois grands groupes ethniques du Nigeria, peuple de culture et de tradition millénaire. Sa mère, Marilyn Blount, est afro-américaine. Leur union sera de courte durée : John retourne au Nigeria peu après la naissance de son fils, laissant Marilyn seule pour élever l’enfant.

C’est elle qui lui donne son surnom légendaire. Un soir, alors que le petit Edrice regarde les Pierrafeu à la télévision, il renverse une table basse d’un geste vif exactement comme « Bamm-Bamm Rubble », le personnage de la série. Marilyn éclate de rire et décrète :

« Tu t’appelleras Bam. »

Le surnom lui restera toute sa vie.

Quand Bam a sept ans, Marilyn prend une décision courageuse : quitter Newark pour s’installer en Caroline du Nord. Elle travaille comme caissière, et les deux vivent dans une caravane simple, sans superflu. C’est dans cette modestie assumée que se forge le caractère d’un futur champion. Marilyn sera plus tard récompensée de ses sacrifices par son fils, qui lui offrira une maison neuve, un rêve qu’ils avaient tous les deux porté pendant cinquante-six ans.

La relation avec le Nigeria est longtemps restée douloureuse. Bam grandissait en rejetant son nom de famille, trop différent des autres, trop associé à un père absent. Jusqu’à ses seize ans, où quelque chose bascule. Il commence à chercher ses racines yorubas, à comprendre ce que son nom signifie réellement. « Adebayo » veut dire en yoruba : né à un moment de joie. Une révélation. Le joueur qui avait honte de son nom en a fait sa marque de fabrique. John Adebayo est décédé au Nigeria en 2020, sans que père et fils n’aient vraiment eu le temps de se retrouver, une plaie que Bam a rarement évoquée publiquement, mais qui transparaît dans son attachement profond à sa mère.

De la Caroline du Nord à l’élite mondiale

Le lycée et la révélation

C’est au lycée Northside de Pinetown, Caroline du Nord, que Bam Adebayo commence à faire parler de lui. En troisième année, il tourne à 32,2 points et 21 rebonds par match, des chiffres qui attirent les recruteurs des plus grandes universités du pays. Il est désigné Mr. Basketball de Caroline du Nord en 2016 et participe au McDonald’s All-American Game, la vitrine annuelle des meilleurs lycéens américains. Il se transfère ensuite à la High Point Christian Academy pour son année de terminale, où il remporte le championnat d’État.

Kentucky et le tremplin universitaire

Bam choisit l’Université du Kentucky pour sa saison universitaire, l’une des usines à joueurs NBA les plus réputées du pays. En 38 matchs, il affiche 13 points, 8 rebonds et 1,5 contre de moyenne, des chiffres solides qui lui valent une place dans le Second-Team All-SEC et l’équipe des recrues de la SEC. Il mène Kentucky jusqu’au quart de finale du tournoi NCAA, s’inclinant de justesse contre North Carolina. Suffisant pour se projeter vers la grande ligue.

La Draft 2017 et ses débuts à Miami

Le 22 juin 2017, Miami Heat sélectionne Bam Adebayo au 14e rang de la Draft NBA. Un choix initialement accueilli avec prudence, il n’est pas le joueur le plus sexy du tableau. Mais le Heat voit en lui un potentiel défensif rare, une intelligence de jeu et une éthique de travail hors norme. Ses deux premières saisons sont celles d’un apprentissage sérieux : 8,9 points et 7,3 rebonds de moyenne en 2018-19, avec une régularité qui impressionne le staff.

La vraie révélation arrive lors de la bulle d’Orlando en 2020. Titulaire indiscutable dans un Heat qui va jusqu’en finale NBA, Bam Adebayo explose aux yeux du monde avec des performances monumentales dont ce block légendaire sur Jayson Tatum dans le money-time qui sauve le Heat lors du match 1 contre Boston. Il intègre le All-Star Game en 2021, 2022 et 2023, et s’impose comme l’un des meilleurs pivots de la conférence Est.

La nuit du 10 mars 2026 : comment Bam a réécrit l’histoire

Rien ne laissait présager ce qui allait se produire. Miami reçoit Washington, lanterne rouge de la conférence Est avec neuf défaites consécutives. Le Heat est privé de trois de ses quatre meilleurs scoreurs, Tyler Herro (quadriceps), Norman Powell (aine) et Andrew Wiggins (orteil) tous sur blessure. Bam Adebayo, lui, tournait à 18,9 points de moyenne cette saison. Rien d’extraordinaire.

Et puis le premier quart-temps commence. Dix sur seize aux tirs, cinq sur huit à trois points, six sur sept aux lancers : 31 points dans le premier quart à lui seul, record de franchise pour un quart-temps. À la mi-temps, il en est déjà à 43, deux points au-dessus de son meilleur total en carrière sur un match entier. Les coéquipiers commencent à comprendre que quelque chose d’exceptionnel est en train de se passer. À 62 points à l’entrée du quatrième quart-temps, il rejoint Kobe Bryant pour le record de points après trois périodes dans l’ère du jeu par jeu. Et Kobe, c’est 81 points.

Le coach Erik Spoelstra prend alors une décision historique : garder Bam sur le terrain coûte que coûte, et laisser ses coéquipiers le mettre dans les meilleures conditions possibles quitte à multiplier les fautes volontaires pour lui donner la balle et l’envoyer sur la ligne. Les Wizards, désarmés, ne peuvent qu’accumuler les fautes. Bam entre dans le quatrième quart, 16 lancers supplémentaires, et le compteur ne s’arrête plus. À 77 points, l’arène retient son souffle. À 82, il dépasse Kobe Bryant. À 83, le buzzer final retentit. Kaseya Center explose.

Bam Adebayo rejoint Wilt Chamberlain comme seul autre joueur de l’histoire avec au moins 20 tirs réussis et 25 lancers réussis dans le même match. Il est le premier joueur de l’histoire à compiler 25 lancers réussis et cinq tirs à trois points dans un même match. Ses 36 lancers réussis et 43 tentés sont des records absolus en NBA.

Après le match, Bam pense à Kobe :

« Je me demande ce qu’il dirait. Parce que j’ai toujours voulu avoir une conversation avec lui. Il m’aurait probablement dit : fais-le encore. C’est un moment surréaliste d’être dans la compagnie de quelqu’un que j’idolâtrais. »

Le Heat en plein élan

Cette performance historique intervient dans un contexte d’équipe très porteur. Miami a remporté ses six derniers matchs consécutifs et affiche un bilan de 37 victoires et 29 défaites, occupant la 6e place de la conférence Est. Avec un bilan de 10 victoires sur leurs dix derniers matchs en mars et un rating défensif qui est le meilleur de la ligue sur cette séquence, le Heat est devenu l’une des équipes les plus en forme de la NBA. Bam Adebayo est le leader incontesté de cette équipe, le seul All-Star du groupe, et la performance de mardi soir a définitivement replacé Miami dans la course aux playoffs.

Conclusion

Il y a Wilt. Et maintenant, il y a Bam. En une nuit de mars 2026, Edrice Femi Adebayo enfant de Newark élevé par une mère courageuse dans une caravane de Caroline du Nord, fils d’un père yoruba qu’il n’a jamais vraiment connu a rejoint l’Olympe de la NBA. Son nom, qu’il avait longtemps voulu effacer, résonne désormais dans toutes les conversations sportives de la planète. « Adebayo » : né à un moment de joie. Pour une fois, le destin a bien choisi ses mots.

Wilt. Bam. Et toute l’histoire du basketball entre les deux.

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